• Face Aux Doutes

    J’ai commencé à écrire …

     

     Rien ni personne n’est immortel. Pourtant on me répète sans cesse que c’est impossible, qu’il y a forcément un jour où quelqu’un trouvera un remède à la vieillesse, à la maladie et à la mort. Je n’y crois pas. Le seul moyen de rester vivant n’est pas d’avoir une longévité hors du commun ou une santé de fer, mais c’est de marquer l’histoire. A ce moment là, on peut considérer que l’on vit plus longtemps, mais jamais une éternité.  Même l’univers vieillit il perd ses étoiles chaque jour comme un père perdrait ses enfants. Il y a tellement d’étoiles qu’il y en a probablement une qui meurt en ce moment même, qui souffre et qui sera éteinte d’ici demain … Comme moi.

    Honnêtement, je ne m’imaginais pas mourir si tôt, à l’âge de 15 ans, d’une tumeur au cerveau. Je pensais mourir d’un accident, au lieu de ça je dépéris lentement. Mais je n’ai pas peur de la Mort, je pensais juste qu’elle viendrait plus tard… Croyez moi ou non mais Elle est venue me voir il y a quelques jours pour me dire de mettre mes affaires en ordre, de finir ce que j’avais commencé, de faire ce que je désirais. Etrangement, la chose la plus importante que je voulais faire dans ma vie était d’écrire un livre. Bien sûr je n’en aurai jamais le temps, mais raconter mon dernier jour en quelques mots me semble être une bonne idée. Il est certain que je ne me réveillerai pas demain matin, alors je vais vous raconter ce que j’ai fait aujourd’hui, ce que j’ai fait le dernier jour de ma vie.

     J’aurais aimé que tout soit plus passionnant d’autant plus que j’ai été prévenue, mais il est difficile d’organiser quelque chose en seulement deux jours. Je suis donc allée au lycée tout naturellement, en pensant à l’ennui que j’aurai pendant la prochaine heure. Mais les deux heures qui ont suivi la sortie des cours ont été magnifiques. Je me suis amusée avec mes amies -Justine et Val- cherchant désespérément un cadeau d’anniversaire pour la mère de Justine. Nous avons été dans beaucoup de magasins mais son choix s’est porté sur un livre. Après qu’elle ait payée je me suis dit « non ! » j’ai su que jamais plus je ne pourrais connaitre le bonheur de finir un livre. Comment décrire cette sensation là ? C’est une chose que j’avais peu ressenti mais qui me paraissait familière, une boule à l’estomac qui m’empêche de respirer, qui me paralyse, qui fair ressortir mes craintes les plus profondes. Je crois que c’était de la peur. Elle commençait à s’emparer de moi mais je la balayai d’un revers de la main. Je ne voulais pas avoir peur. Il me sembla tout de même que c’était la meilleure journée que j’avais passée dans ma courte vie.

     En rentrant chez moi, après avoir passé deux heures à rire et m’amuser, je me suis étendue sur mon lit et je me suis endormie. En me réveillant j’ai su que je devais faire un livre pour raconter ce jour, raconter que je n’avais pas peur, que la Mort pouvait venir me prendre, que justement je ne voulais pas vivre la vie ennuyeuse des adultes. Ce livre aurait commencé ainsi : 

    Je m’appelle Lou, il y a quelques jours on m’a appris que j’allais mourir, mais je n’ai pas peur alors je vais vous raconter ma dernière journée …

     Cette idée a disparu très vite, je pensais pouvoir tout surmonter ! Mais je sais que c’est impossible. La peur, les regrets et les remords vont venir me tourner autour pour me dévorer toute entière. Ce sera moins la mort qui me tuera que de savoir que je n’ai pas pu accomplir tout ce que je voulais, que je n’en aurai jamais le temps. En écrivant ces lignes les larmes me montent aux yeux. Cette vérité est trop dure, trop crue et j’ai l’impression en la lisant de prendre une claque en plein visage.

     J’ai entendu quelque part que la dépression est un symptôme classique quand on sait qu’on va mourir, mais je ne pensais pas qu’elle pouvait apparaître en quelques instants et gâcher une vie entière d’acceptation de la mort.

     Je me suis préparée depuis ma plus tendre enfance à mourir, étant certaine de la mortalité de l’espèce humaine mais tout a été remis en question en une petite minute de réflexion.

    Finalement je vais peut-être juste écrire la façon dont la Mort est arrivée.

     J’ai attendu d’abord que ma mère rentre pour lui dire adieu. Je ne souhaite pas passer mes dernières heures avec ma mère, je ne sais pas quand je vais mourir et je refuse qu’elle voit ça. Et pour être honnête je ne souhaite pas non plus qu’elle me voit pleurer, crier ou supplier qu’on me laisse en vie. Je préfèrerais le faire en silence et avec elle tout près, j’en serai incapable. 

     Ensuite en pleurant et pensant à toutes les choses que j’aurais pu faire si j’avais quelques années de plus j’ai attendu qu’Elle vienne, et j’ai commencé à écrire, et j’attends toujours. J’écoute en boucle mes chansons préférées espérant que même dans la mort je puisse les entendre. J’ai commencé à ressentir un mal de tête il y a maintenant une heure. Est-ce parce que j’ai passé la dernière partie de la journée sur ordinateur ? Ou est-ce un signe que la Mort approche ? 

     Je ne sais pas, mais assise sur mon lit je m’interroge, c’est la dernière chose qu’il me reste : je ne veux pas regarder tout ce que j’abandonne. Je fais des efforts, pourtant il m’est impossible de laisser ces pensées de côté. Je pense encore, et encore, et toujours à tout ça : mes livres, mes dessins,mes jeux, mes projets, mes posters, mes figurines, en somme ma vie. Je ne veux pas penser que je n’ai même jamais connu l’amour, que je n’ai jamais connu ses vertiges, le plaisir d’être touchée par l’être aimé, je n’ai fait que le lire sans jamais le vivre. Je pourrais continuer à faire une liste de mes regrets, ils seraient si nombreux mais mon mal de tête s’intensifie. Je refuse de ne pas souffrir. Je veux ressentir mes dernières sensations comme si c’était les premières. La douleur me fera me sentir vivante jusqu’au dernier moment. 

     Mes membres sont lourds, je n’ai plus la force, je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin. Je vois déjà qu’Elle approche, je le sens. Plus que quelques mots, je ne veux pas laisser une phrase en suspens. J’aurai voulu vivre plus longtemps, mais Elle est trop proche à présent. NE M’OUBLIEZ PAS ! ! ! Adieu.

     

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